La révélation!

La révélation!
Il était une fois...c'est un peu ringard comme début mais c'est de circonstance puisqu'il s'agit d'un conte...un conte merveilleux qui vous ouvre les portes toutes grandes sur des personnages fabuleux qui existent vraiment mais qui seront mis en scène de manière tout à fait fictive et souvent burlesque pour notre plus grand plaisir. Ce sont sous leurs pseudos que je vais vous narrer leurs aventures pétillantes et délirantes!...

Donc, il était une fois au plus profond de la forêt, une brave femme qui vivait seule dans une pauvre masure avec une ribambelle de gamin: Elle avait viré son homme avec des coups de sabot au train arrière car il lui prenait trop la tête tous les soirs avec la sempiternelle question: " Que fais-tu à manger ce soir, femme?"
On la surnommait la 'tite mère Denis! Fallait voir comme elle menait sa troupe: toujours avec le sourire malgré la misère et le labeur. D'ailleurs, elle avait une sacrée paire de biscotto! Dame!.. couper du bois, pousser la charrette et porter deux mouflets sous chaque bras, c'était plutôt efficace comme programme sportif !
La plus âgée de ses filles se distinguait par sa grâce et sa gentillesse; Elle avait de longs cheveux soyeux et une peau d'une finesse exquise.
Un soir d'hiver où le vent hurlait entre les grands sapins, on entendit frapper de grands coups sourds contre le battant en chêne de la vieille chaumière.
Le silence se fit autour de la tablée...bon, à part peut-être le dernier qui s'égosillait à vouloir choper sa tétine que la 'tite mère Denis tenait dans sa main tétanisée.
-"Qui peut bien traîner à c't'heure par ce coin là?"- se demanda tout haut la brave femme.
-"Ben, t'as qu'à ouvrir! Tu verras bien!" - lui conseilla l'aînée.
Aussi blanche que son linge, 'tite mère Denis claqua ses sabots vers la porte d'entrée. Un verrou, deux loquets, un autre verrou puis un cadenas et la porte s'ouvrit dans un sinistre grincement.
Une petite bouille emmitoufflée dans un océan de fourrure apparut dans l'embrasure.
-"Eh bé! Fait frisquet par chez vous, mère Denis! Vous me laissez entrer ou vous me laissez me transformer en bonhomme de neige?"
-"En bonhomme de neige? C'est pas une mauvaise idée, ça! On manque de déco dehors!"- ironisa la fermière en accueillant la nouvelle venue.
Celle-ci se débarrassa devant les yeux ébahis de la marmaille de son douillet manteau couvert de poudre blanche.
-"Dame Myryr, qu'est-ce qui vous amène ici?"- s'enquérit aussitôt la mère de famille.
La dame en question fureta un peu partout puis son regard se posa sur la plus grande des filles de Denis.
-"Elle a bien grandi depuis!"- Elle se mit à tourner autour d'elle comme un dauphin dans une lessiveuse-"La dernière fois que je l'ai tenue dans mes bras, elle n'était pas plus grosse qu'un chaton et gesticulait des bras et des jambes comme une vraie marionnette!"
Dame Myryr se mit à rire tout d'un coup et une mélodie flûtée envahit la pièce par enchantement.
Le silence revint aussi vite puis elle prit les mains de la jeune fille dans les siennes tout en lui avouant:
-"Ma chère enfant, ta mère la reine Lobélia, m'a envoyé te chercher! Tu as l'âge à présent de retourner auprès des tiens!"
La jeune fille qui répondait au joli nom de Milou libéra prestement ses mains et, affolée, regarda tour à tour Denis puis dame Myryr:
-"Que me chantez-vous là? La reine Lobélia...ma mère? Mais vous déraisonnez! Je suis la fille de 'tite mère Denis!.. n'est-ce pas?"- appuya t'elle en implorant du regard la pauvre fermière soudain embarrassée.
-"Dame Myryr te dit la vérité! Tu m'as été confié alors que tu n'étais qu'un marmot dans ses langes!"- parvint à prononcer Denis.
-"Mais pourquoi?"-s'écria Milou exaspérée.
-"Pourquoi, pourquoi!"-renchérit la bande des mouflets qui ne perdait pas une miette de la scène.
-"Parce que!...c'est ainsi! N'en demande pas plus! Certaines choses nous dépassent, ce n'est pas à nous de te l'expliquer!"-trancha Denis.
-"Mais...tout de même! Pourquoi?"- persista l'aînée toute déboussolée.
-"Pourquoi!pourquoi!"- réitérèrent en choeur les enfants joyeusement.
-"ça suffit, vilains garnements!"- gronda Denis en rajustant son bonnet de dentelle puis en plaquant ses poings sur les hanches-"sinon, dame Myryr va vous transformer en grenouille! Et, je ne dis pas ça à la légère car dame Myryr est en fait une bonne fée qui veille depuis toujours sur notre princesse Milou!"
Les bambins se turent aussitôt en roulant de gros yeux sur dame Myryr.
-"Oui, c'est vrai!"- s'amusa à renchérir la fée-"Et j'adore les grenouilles, j'en ai plein chez moi! Malheureusement, le chef-cuistot de notre reine, maître Gourmandises, me taquine en me les chipant pour en faire des fricassées royales...le saligaud! Celui-là si je l'attrape en flagrant délit, je le transforme en crapaud!"
Un grand cri d'effroi s'échappa des bouches enfantines puis comme par magie la pièce se vida en un éclair.
Seul le cadet était resté à table s'évertuant toujours à récupérer sa tétine comme un pauvre diable. 'Tite mère Denis parut enfin s'en rendre compte puis colla d'emblée l'objet convoité dans le bec du braillard.
-"Il faut partir dés à présent!"- conseilla la fée Myryr.
-"Déjà? Mais pourquoi un tel empressement?"- questionna Milou.
-"Elle ne sait que poser des questions cette petite?"- demanda la fée à Denis, un sourire en coin.
-"Ben oui, toujours! Je ne comprends pas pourquoi! C'est de l'italien pour moi!- confia la mère.
C'est alors qu'un épais nuage noir s'échappa de l'âtre de la cheminée et tournoya dans un bruit d'enfer au beau milieu de la salle. Les assiettes encore souillées du repas allèrent se fracasser sur le sol en mille débris. Les femmes se bouchèrent les oreilles et se courbèrent sous la violence de cette tornade surnaturelle. Le petit serra les dents sur sa tétine qui menaçait de s'envoler.
Puis le calme s'installa et les femmes sursautèrent ensemble en découvrant l'apparition funeste et machiavélique qui les toisait d'un oeil perçant...


# Posté le vendredi 16 mai 2008 14:15

Modifié le samedi 17 mai 2008 08:18

Le sortilège !

Le sortilège !
-"Malheur!"- s'égosilla la fée - Le grand méchant Dédé! Comment nous a t'il retrouvé?"
La forme longiligne noyée sous les plis lourds d'une tunique d'un noir d'encre se ploya sous l'effet d'un rire tonitruant; Les femmes frissonnèrent de terreur à l'écoute de ce son métallique et sépulcral :
-"Pauvre sotte! Il m'a été facile de te suivre dans cette neige toute fraiche! Un vrai jeu de piste! Rhââh! ha! ha!"
-"N'approchez pas! Sinon... sinon..."- menaça Myryr en sortant sa baguette de son corsage.
-"Ouh! J'ai peur!" - se moqua l'intrus puis il partit de plus belle à rire en se tenant les côtes.
-"Méfiez-vous, messire! - intervint Milou de sa voix ferme et posée - Dame Myryr peut vous transformer en crapaud si elle le désire! Je ne ferai pas le fanfaron à votre place!"
L'homme redevint sérieux et ses yeux perçants se posèrent sur la jeune fille de façon insistante. 'Tite mère Denis se jeta entre le démon et Milou en s'écriant :
-"Vous ne toucherez pas à un seul de ses cheveux, méchant Dédé! Sinon vous aurez affaire à moi!"
Ce disant, 'tite mère Denis remonta ses manches et montra ses poings carrés en moulinant l'air devant elle.

Le grand Dédé fit une moue comique.
-"Et c'est tout ce que vous m'opposez?... Un morceau de bout d'bois ridicule- dit-il en désignant la baguette magique qui tremblait bizarrement entre les doigts de la fée- et...ça!...Vous ne faites pas le poids! Je suis venu pour vous enlever la princesse et rien ne m'arrêtera! Surtout pas deux misérables femmes!"
-"Dame Myryr, changez-le en crapaud!"- intima Milou en colère.
La fée bredouilla quelques mots de formule magique mais tout se mélait dans son esprit : l' allemand, l'anglais et l'espagnol se bousculaient dans un désordre acadabrant au beau milieu de son incantation :
-"Dédé el diablo ! manneken ... frog's gambette tù estàs!"
-"Te fatigues pas, fée de pacotille si tu tiens à tes béquilles!" - cracha l'immonde personnage en pointant son index crochu vers l'infortunée complétement désappointée.
-"Quel odieux bonhonmme!" - s'offusqua Denis en empoignant son rouleau à pâtisserie.
-"Suffit avec vos persifflages! Vous lassez ma patience!"
Et dans un grondement sinistre, la tornade de volutes noires s'éleva à nouveau faisant claquer comme un fouet les replis de la tunique démoniaque.

Le grand Dédé étendit ses longs bras décharnés et un terrible éclair bleu traversa la pièce.
Puis, sans que quiconque puisse intervenir, il foudroya la pauvre Milou qui se tordit de douleur.
L'épaisse fumée disparut emportant avec elle l'infâme individu.
Les deux femmes étaient penchées sur le corps de la princesse effondrée au sol. 'Tite mère Denis sanglotait à chaudes larmes en se mouchant bruyamment dans son tablier.
-"Mon Dieu!- se lamenta dame Myryr en tortillant sa baguette en tous sens- quel horreur! Mamma mia! La pauvre princesse! Que va penser notre reine? Et Maître Gourmandises qui a préparé pour le retour de la princesse une pièce montée digne d'être démontée! Mamma mia, pauvre de nous!"
-"Pourquoi ne l'avez-vous pas métamorphosé en crapaud ou en grenouille ou...en importe quoi d'autre?" - reprocha entre deux sanglots et deux reniflements la brave fermière.
-"Le grand Dédé est un démon, je vous le rappelle! - se vexa la fée - Il m'a jeté un sort pour m'empêcher de dire correctement ma formule, voilà tout!"
Et les deux femmes se lançèrent dans une cacophonie de reproches qui attira le reste de la maisonnée dans la pièce.

Le petit qui tétouillait ardemment sa tétine s'empara à l'insu de tous de la baguette magique qui gisait à présent auprès de Milou inerte.
Délaissant sa suce, il commença à mordiller son nouveau jouet en le badigeonnant de longs filets de salive.
Une fillette s'approcha de Denis et de sa voix fluette rapporta tout en tirant sur les jupons de sa mère :
-"Môman! Y'a p'tit Lou qui s'amuse avec le bâton de la dame grenouille!"
Denis et Myryr s'arrétèrent net de s'enguirlander puis pivotèrent d'un même mouvement vers le bambin incriminé.
Trop tard! Une traînée d'étoiles étincelantes éclaboussa p'tit Lou qui se trouva dans la seconde affublé d'un vilain groin.
De grands éclats de rire moqueurs fusèrent au dessus des têtes de Denis et Myryr. La mère chassa sa progéniture à coup de balai :
-"Allez, ouste! Espèces de marsupiaux! Se foutre de la tête de votre p'tit frère, c'est t'y pas pitié!"
-"Qu'est-ce que nous allons bien pouvoir faire?" - prononça Myryr découragée devant ce nouveau coup du sort.
-"Eh! C'est vous la fée, pas moi! Ch'ais pas, moi... servez-vous de votre foutue baguette et ramenez Milou à la vie... et, tant que vous y êtes, vous pourriez enlever cette chose sur le nez de mon fiston!"
-"Il est plutôt mignon comme ça! Non? - tenta la fée.

Mère Denis arracha des mains du curieux la baguette et la restitua à sa propriétaire avec rudesse.
La fée fit une grimace de dégoût en constatant l'état déplorable de son instrument englué d'une matière étrange.
-"Forcément, elle va marcher beaucoup moins bien après ça!" - remarqua t'elle dépitée.
C'est à cet instant précis que les flammes de l'âtre s'enflèrent.
Une lumière aveuglante inonda le lieu et une forme humaine se dessina progressivement devant les deux femmes.
-"Ah, non! Pas encore!" - s'insurgea Denis en happant la queue d'une grosse casserole en fonte.
-"Tu n'en auras pas besoin- la rassura Myryr en retenant le bras de la fermière- C'est le grand mage pholisophe de la reine!"
Le devin demeurait silencieux; Ses longs cheveux et sa barbe camouflaient l'expression de son visage.
P'tit Lou vint grommeler à ses pieds. L'homme consentit à baisser son regard sur ce p'tit bout bien remuant qui lui tiraillait le bas de sa défroque.
En soulevant un pied, il remarqua qu'il avait écrabouillé une tétine. P'tit Lou en profita pour se jeter avec rage sur la chose en caoutchouc.
C'est sur un fond de bruit de succion sauvage que Loulocéan, le pholisophe de la reine, prit enfin la parole...

# Posté le dimanche 18 mai 2008 06:00

Modifié le vendredi 23 mai 2008 02:53

La potion miracle!

La potion miracle!
-"J'arrive à point nommé, on dirait!"
-"Je suis désolée mais je n'ai rien pu faire pour empêcher la prophétie!" - se justifia la fée d'une traite.
Le mage se lissa longuement la barbe d'un air dubitatif puis reprit d'une voix monocorde :
-"Je vous ai déjà dit cent fois dame Myryr qu'il fallait tenir votre baguette à l'endroit avant de lancer votre sort ! Quoi qu'il en soit, le mal est fait !"
Denis émit une sorte de miaulement plaintif.
-"Mais... - tonna Loulocéan - je puis atténuer le sortilège et limiter les dégâts !"
D'un geste magistral, le pholisophe écarta les bras vers le plafond; Un grognement rauque sortit de sa gorge puis s'amplifia jusqu'à devenir un appel puissant vers les forces occultes.
Des arcs électriques fusèrent en grésillant des doigts du mage. Une sphère se forma de cette profusion de lumière au dessus du crâne du magicien. Puis, cette immense boule de feu se déplaça lentement et engloba la princesse toute entière.
D'un blanc intense, elle vira au rouge incandescent puis au bleu pour finalement se désagréger en poussière scintillante.

Tous retinrent leur souffle... Milou demeurait immobile d'une blancheur cadavérique.
-"Il n'y a plus qu'une seule solution pour contrer le sortilège du néfaste Dédé...aller recueillir de la poudre de corne de licorne! La potion que j'en tirerai sera assez puissante pour sortir la princesse de sa léthargie."
Myryr ouvrit une bouche démesurée.
-"De la poudre de corne de licorne! Mais qui serait assez fou pour s'investir dans cette quête? Bien des dangers parcourent le chemin jusqu'au domaine des elfes. J'ai entendu dire qu'il existait un affreux graouli dans les montagnes maudites!" - annonça la fée dans un chuchotement craintif.
-"Un gras au lit? Qu'est-ce que c'est que cette chose encore?" - beugla la mère Denis ce qui fit sursauter sa voisine.
-"Un gigantesque dragon qui crache des flammes hautes de dix mètres...bon, enfin disons cinq...ou plutôt trois! C'est déjà pas mal!" - se justifia Myryr soudain volubile.
Loulocéan toussota légèrement.
-"Le graouli, passe encore! Mais il faudra du courage et de l'esprit pour affronter la sorcière blanche! - déclama-t'il, les sourcils froncés- Elle ne laissera le voyageur poursuivre sa route que s'il surmonte quatre pénibles épreuves..."
-"Quatre? Pourquoi pas douze tant qu'elle y est! On n'a pas d'Hercule sous la main, que je sache!" - se rebiffa 'tite mère Denis, le bonnet de dentelle tout de travers.

Sans paraître perturbé par la remarque, le mage reprit avec contenance :
-"Il faut de ce pas prévenir sa majesté Lobélia! Femmes, portez donc cette malheureuse sur une couche...on risque de marcher dessus!"
-"Hé! Faudrait voir à m'arranger p'tit Lou avant de vous débiner, grand machin chose!" - railla 'tite mère Denis, le nez rouge d'avoir tant reniflé.
Le devin daigna jeter un oeil sur le mioche survolté qui fouillait le sol de son groin tout en couinant tel un porcin.
-"En effet! - constata Loulocéan - C'est une vedette, vot'rejeton!"
-"Ah, ça...c'est ben vrai! Pour une vedette, ç'en est une! Et je m'y connais môa en vedette, foi de mère Denis! Bon, c'est y que vous pouvez m'ôter cette horrible chose? Il ressemble plus à son père comme ça mais j'ai pas envie qu'il me fasse des cochonneries partout!"

L'homme fit vibrer sa voix caverneuse en joignant ses mains sur la tête bouclée du gamin.
Le groin de l'enfant commença à se tordre en tous sens, à se tire-bouchonner puis disparut complétement sous les soupirs de soulagement de Denis et de Myryr.
P'tit Lou, imperturbable, se saisit à pleine poignée de la barbe du prophète et tira de toutes ses forces juvéniles.
Sous des regards médusés, Loulocéan se retrouva ainsi dépouillé de sa postiche :
-"Ben quoi? - fit-il en récupérant de force l'objet pileux - ça fait plus chic avec! Et puis, j'ai déjà vu ça dans un film...Le seigneur des grelots, je crois! Le magicien en portait une identique et personne n'a trouvé à redire!" - finit-il en réajustant sa fausse barbe en des gestes courroucés.
Milou fut étendue sur un lit à baldaquin couvert de draperie ivoire. Myryr et Loulocéan prirent congé de Denis en lui promettant de revenir bientôt avec la potion miracle. La fermière ne cilla point et cleffa sa porte avec le verrou, les deux loquets, l'autre verrou puis le cadenas. Elle regarda l'âtre de la cheminée puis se dit :
-"Faudra que j'pense à installer une trappe avec un cadenas et un gros par ici, moi!"

La reine Lobélia faisait les cent pas; Cette nouvelle était des plus contrariantes.
Son favori en titre, Jéjé, se tenait tout piteux à côté du trône. Loulocéan et la fée Myryr ne soufflaient mot.
La reine se tourna enfin dans un froissement de soieries vers ses messagers et déclara, impérieuse :
-"Ce maudit Dédé ne doit pas triompher! Si la princesse ne se présente pas le jour de la grande cérémonie, mon peuple ne me fera pas de cadeau!"
Le mage caressa sa longue barbe puis marmonna ces mots :
-"Je vois bien quelqu'un d'assez blindé pour nous dépatouiller!"
Lobélia haussa un sourcil circonspect :
-"Et qui est l'heureux élu?"
-"Le chevalier Lancelot101, votre altesse royale!"
-"Quoi! - s'écria la reine, stupéfaite - Cette boîte de conserve toute rouillée? Vous délirez! Il ne ferait pas un pied devant l'autre qu'il serait déjà coincé dans son armure!"
La fée Myryr, jusqu'ici silencieuse, se racla la gorge :
-"Hum!...si vous permettez, votre grandeur excellentissime, s'il existe un fou au royaume pour se jeter dans la gueule du loup pour les beaux yeux de la princesse Milou, le messire Lancelot101 est tout à fait approprié!"
La reine eut un geste de lassitude résignée :
-"Allez me quérir ce chevalier...mais qu'il pense à dégripper sa quincaillerie avant de partir à l'aventure!"


# Posté le lundi 19 mai 2008 10:22

Modifié le lundi 19 mai 2008 13:20

Le chevalier rouillé !

Le chevalier rouillé !
On chercha partout ledit chevalier.
Dans les couloirs sans fin du palais aux écuries royales, nul ne trouvait sa trace. Finalement, ce fut un jeune page qui tomba dessus sans crier gare. Le soldat ferré squattait la cuisine de maître Gourmandises et savourait jovialement avec le chef-cuistot une enfilade de verres de mojitos.
-"ça, mon gaillard, ça vous nettoie les pistons!" - claironna le cuisinier en donnant une grande claque dans le dos de Lancelot101. Un son creux de conserve lui répondit aussitôt. Maître Gourmandises tordit ses lèvres de douleur.
-"Tu ne penses jamais à sortir de ta boîte, Lancelot? ça s'rait tout d'même plus commode!"
-"Un chevalier se doit de rester vigilant en toutes circonstances!"
-"Quoi! Dans ma cuisine? - s'esclaffa son complice - Tu redoutes quoi, au juste? Mes casseroles?"
-"Ben, des fois qu'il te passerait l'envie de m'en refiler une à travers la visière!" - gloussa le chevalier.
-"ça va pas tarder à t'arriver, je le sens! A la sulfateuse, je vais te la dégommer ta carcasse toute rouillée!" - bougonna le maître-queux.
-"Passe moi plutôt un de tes délicieux breuvages, mon ami!" - fanfaronna Lancelot101 en faisant cliqueter les rouages de son armure.

C'est bras dessus, bras dessous en braillant à tue-tête l'hymne des déjantés que le jeune page, Jeanmimi, les surprit :

"Tout, tout, tout, vous saurez tout sur l'déjanté!
Le frais, le beau, le mal rasé
après une nuit bien arrosée!
Le p'tit minet, le farfadet,
il y a de tout chez l'déjanté!
Tout, tout, tout, tout, vous saurez tout chez l'déjanté!"


-"Ah, ça! ma vieille carcasse! - proclama maître Gourmandises - te v'la bien arrosé! Pour sûr, tu rouleras mieux à présent!"
Et les deux compères partirent dans un grand éclat de rire.
-"Hum, hum! - toussota Jeanmimi - Messire chevalier, la reine Lobélia vous fait chercher partout!"
Agacé par le dérangement, le chevalier grogna :
-"La reine?"
-"Oui, la reine!" - opina le page de la tête.
-"Et que me veut-elle, la reine?"
-"Ce qu'elle vous veut?" - répéta Jeanmimi, les yeux écarquillés.
-"Oui, ce qu'elle me veut!" - appuya son interlocuteur d'une voix bourrue.
-"Ben... elle vous veut, vous!"
-"Mais, pourquoi?"
-"Pourquoi?"
-"Ouiiii ! Vas-tu cesser de répéter tout ce que je dis à la fin, bougre de perroquet?"- tempêta l'homme en armure.
-"La prophétie du grand méchant Dédé s'est accomplie et notre pauvre princesse est à l'agonie!" - débita le serviteur pris de frayeur devant cette colère subite.
Le chevalier se dressa céans en menaçant :
-"Quoi? Milou...ma princesse...la princesse!...Que ne pouvais-tu le dire plus tôt au lieu de caqueter, satanée perruche! Où se trouve ce cloporte de Dédé que je lui fasse la tête au carré, que je lui taille les oreilles en pointe!..."
-"Les oreilles en pointe, il les a déjà!" - coupa Gourmandises avec malice.

Le soleil commençait à décliner sur la ligne d'horizon; Le ciel tirait sur des orangés écarlates entachés de pourpre.
Lancelot101 et son choual progressaient depuis des heures par delà les plaines en direction du domaine sacré des elfes. Ils étincelaient de toutes leurs facettes métalliques sous les feux encore ardents de l'Astre du jour.Un peu en retrait trottinait maître Gourmandises perché tant bien que mal sur le dos inconfortable d'un bourricot.
-"Pfff! Toujours les mêmes qui se retrouvent avec du matériel de bas d' gamme! Bientôt, il me faudra suivre un bus en trottinette!" - râla le chef-cuistot balloté de droite à gauche.
Le cavalier jeta par-dessus l'épaule :
-"Qui a insisté pour m'accompagner dans cette quête, hum? D'ailleurs, c'est plutôt bizarre que sa majesté s'est empressée d'accepter ta requête, Gourmandises! Se passer de son maître-queux, quelle largesse de sa part!"
-"Tu insinues quelque chose? Si, si! Je vois bien que tu t'imagines que j'empoisonne tout le palais avec ma bouffe! Et bien, tu te trompes, boîte à conserve! La reine est dans sa période de régime alors un grain de raisin sur son lit de caviar, très peu pour moi! Un laquais peut s'en charger!" - se défendit son compagnon en reprenant sur un ton plus modéré :
-"Et puis, je tenais à être à tes côtés lorsque tu obtiendras cette fameuse poudre de corne de licorne! Mon arrière arrière grand-père prétendait que c'était l'ingrédient indispensable pour réussir à coup sûr tous les mets les plus fins!"
-"Tiens donc! Un excellent cuisinier comme toi n'a pas l'utilité d'une telle magie!"

Lancelot101 s'attendait à voir répliquer au quart de tour son fidèle ami mais au lieu de cela, celui-ci comme hypnotisé avait fait stoppé sa monture.
-"Hé, que t'arrive-t'il, vieille branche? - s'étonna le chevalier en relevant sa visière de son casque - Déjà fatigué? La route est encore longue et nous n'avons pas beaucoup de temps pour écouter les zoiseaux!"
Sans souffler mot, Gourmandises et son âne bifurquèrent vers la falaise qui surplombait l'océan tout proche.
-"Hé! - s'écria Lancelot101 - Pas par ici! Le terrain est périlleux! Tu vas te ramasser comme une crêpe en bas des rochers!"
Le cuisinier poursuivait son chemin sans entendre les recommandations de son ami.
L'âne se mit à braire; Ses sabots dérapaient dangereusement sur le bord rocailleux et abrupt de la falaise. Maître Gourmandises affichait un sourire béat sur son visage.
Une main de fer s'abattit in extremis sur les rênes de l'animal et lui fit faire demi-tour.
-"Es-tu devenu fou? - s'emporta le chevalier qui remonta d'un coup sec sa visière qui s'obstinait à descendre sans arrêt dans un crissement à grincer les dents.
-"Mordious, tu veux finir le voyage plus tôt que prévu?"
Son compagnon était aux anges, les yeux montés au ciel et le sourire jusqu'aux oreilles :
-"Quelle est cette douce mélodie? Quelle musique envoûtante! Laisse moi, boîte de conserve...je dois y aller! Un chant divin m'appelle...je viens! je cours! je vole!"

Sautant de l'âne, Gourmandises dévala un petit sentier tortueux qui dégringolait jusqu'au pied de la falaise.
-"Ventrebleu! Ce diable de cuisinier est ensorcelé des pieds à la tête!"
L'océan était déformé par des vagues immenses. Une marée d'écume se déversait sur le sable trempé du rivage. Gourmandises n'hésita pas à se jeter dans cet élément hostile et déchaîné.
Lancelot101 releva encore sa visière puis il la vit... une magnifique sirène allongée sur un banc de rochers.

# Posté le mardi 20 mai 2008 09:45

Modifié le mercredi 21 mai 2008 07:53

La perle sacrée.

La perle sacrée.
Ses doigts fins grattaient les cordes d'une harpe et sa voix délicieuse se mêlait aux embruns. Lancelot101 fit galoper son choual vers cette mer sauvage; L'équidé se cabra au contact de cette eau glaciale et capricieuse.
-"Sacré canasson! Vas-tu m'obéir pour une fois! - maugréa le cavalier - Moi aussi, je n'ai aucune envie de finir rouillé mais il faut sortir Gourmandises de là!"
Le pauvre cuisinier commençait sérieusement à boire la tasse :
-"J'arrive... glou, glou!... ma sirène!"
Il fut happé sans ménagement et projeté comme un sac de farine sur la croupe du choual.
-"Tu n'as pas honte, assoiffé que tu es! N'as-tu pas assez siroté de mojitos que tu veuilles encore t'enfiler des grandes rasades d'eau de mer?" - réprimanda le chevalier de fer.
-"Salééééé!" - grimaça l'infortuné voyageur crachant le liquide ingurgité.

La sirène se redressa sur son rocher; Ses longs cheveux couleur de lune s'envolaient et s'entremêlaient sous l'assaut du vent.
-"Je suis Mermaida, la sirène! N'es-tu pas Ulysse, roi d'Ithaque?" - proféra la créature marine en direction de Lancelot101.
-"Ulysse? Mais y'a belle lurette que ton bonhomme joue aux osselets avec Hadès à l'heure qu'il est!"
-"Comment? J'ai poireauté pendant des siècles afin d'attirer dans mes filets cet Ulysse qui avait osé défier le grand patron Poséidon et toi, simple mortel, tu me dis que toute cette attente a été vaine!" - s'insurgea la jolie sirène en fusillant le chevalier de ses prunelles d'un bleu transparent.
-"Désolé, mais c'est la stricte vérité! Votre patron vous a laissé choir sur votre rocher!"
Gourmandises, la tête toujours dans les étoiles, gigota sur le dos du choual puis supplia :
-"Chante encore, petite sirène! ça arrache sec ton truc, c'est quoi?"
Ravie de l'intérêt qu'on lui porta, la femme-poisson se détendit et minauda d'une voix sucrée :
-"En fait, je me suis inspirée d'une copine rouquine qui fait ses shows sous l'océan : Mylène Phare-mer, vous connaissez?"
Les cils graciles de la beauté papillonnèrent délicieusement.

-"Trêve de babillage! - rompit le soldat - Je suis Lancelot101, chevalier de la reine Lobélia, en mission secrète! Cesse d'utiliser tes maléfices sur mon compagnon!..."
-"Aucun mortel ne peut résister à mon chant! Comment se fait-il que toi, chevalier de la reine Lobélia, tu puisses contrer mon charme?" - se révolta la nymphe des eaux.
-"Pas difficile! - répliqua Gourmandises sur son petit nuage - Sa ferraille est tellement rouillée que la seule chose qu'il arrive à entendre ce sont ses jolis "couik-couik"!"
La sirène fit la moue, visiblement déçue :
-"Puisque tu es insensible aux charmes, tu peux peut-être me rendre service... en échange, je libérerai ton ami de mon emprise."
-"Quel est ce service? - se méfia l'homme d'armes.
-"Poséidon m'a punie pour une historiette de rien du tout! Je suis prisonnière de ce rocher tant que je n'ai pas accompli mon devoir... Mais voilà, tu me révèles que ce Ulysse n'est plus de ce monde! Ramène moi la perle sacrée qui brisera les chaînes de mon supplice! Pour cela, il te faudra aller au coeur de l'océan!"
Le chevalier releva sa foutue visière dans un grincement terrible.
-"Dans l'eau! ça va pas la tête! Je coulerai telle une pierre!"

Mermaida qui s'était bouché les oreilles reprit toute frissonnante :
-"Ta magie est grande, chevalier! Ce son agressif est plus puissant qu'un ouragan! Je suis certaine que tu feras l'affaire!"
Sur ce, elle étendit la main avec élégance, effleura la surface de la mer puis recueillit quelques gouttes salines au creux de sa paume. Elle souffla longuement dessus puis une petite bulle se matérialisa pour former au final un globe assez volumineux pour envelopper le chevalier en entier.
-"A l'aide de cette bulle magique, tu pourras te rendre dans les abysses. Tu reconnaitras la perle sacrée : elle brille de mille feux! Prends garde, cependant! Ce trésor est gardé par une pieuvre colossale!"
-"Ben voyons! Les doigts dans l'nez!" - ronchonna Lancelot101 qui descendit de son choual.
La bulle aux reflets nacrés s'enfonça sous les yeux de Mermaida et de Gourmandises.

Dans son aquarium, le chevalier pouvait aisément respirer. Le spectacle marin qui s'offrit à lui était hallucinant de variétés et de beautés.
Un banc de poissons argentés se dispersait en dessinant des arabesques alambiquées tout autour de lui. Il erra ainsi parmi les algues et les coraux multicolores lorsque son attention fut requise par un flot de lumière qui s'échappait d'une large crevasse. Il roula sa bulle jusqu'au bord du précipice puis dériva dans l'abîme sans fond. Il se laissa guider par cette étrange lueur qui perçait les ténèbres environnantes.
Le décor avait changé et devenait hostile et glacial. Les poissons aux couleurs vives avaient déserté l'endroit et seul un silence d'outre-tombe régnait à la ronde. Le temps s'était figé et le vide de la fosse semblait happer le chevalier à jamais.
Le faisceau lumineux le mena devant un gigantesque coquillage largement ouvert. Lancelot101 s'en approcha et découvrit à l'intérieur de cet écrin précieux une splendide perle d'une blancheur parfaite.
Au moment où son gantelet se saisissait du bijou, une énorme tentacule l'encercla et se tortilla autour de la bulle. Puis deux et sept autres lianes vinrent s'agglutiner puis enserrèrent leur proie...
La bête, gigantesque, surgit de l'ombre.
Le chevalier tenait toujours la perle sacrée dans son poing fermé. La boule magique se déformait dangereusement sous la terrible pression des multiples tentacules réduisant l'espace vital de son occupant. L'armure du chevalier commença à crisser de tous ses boulons... un ferraillement de tous les diables!

L'animal, effarouché par ce son désagréable et insupportable, lâcha son étreinte mortelle. Dans un jet d'encre noire, la pieuvre projeta sa victime au loin.
Mermaida et Gourmandises virent le chevalier dans sa bulle refaire surface. Cette dernière éclata en une myriade de gouttelettes cristallines.
Les yeux de la sirène brillèrent d'un éclat triomphal en découvrant la perle sacrée rutiler entre les doigts de fer. La nymphe, comme promis, libéra le cuisinier de son envoûtement. Puis, se tournant vers le chevalier, elle lui remit une fiole contenant un liquide rubis.
-"Je te remercie, chevalier de la reine Lobélia! Je puis enfin quitter ce rocher maudit! Pour exprimer ma gratitude, je te fais don de cet élixir de la vie... quelques gouttes suffisent à s'arracher des griffes de la mort!...Seulement, il faut agir vite et sans attendre sinon la magie n'est plus opérante!"
Puis, sans un regard derrière elle, la sublime créature plongea dans un saut majestueux en crevant les eaux tumultueuses...

# Posté le jeudi 22 mai 2008 13:11

Modifié le lundi 26 mai 2008 16:57